En 1519, Cortés aborde les côtes du Yucatán, avec ses 600 hommes, 11 navires et soi-disant 16 chevaux (que les autochtones ne connaissaient jusqu'alors pas). Un peu léger, non? Le territoire correspondant à l'actuel Mexique compte alors entre 5 et 25 millions d'habitants (les historiens ne sont pas-du tout- d'accord). Mais Cortés (d'ailleurs vraisemblablement reçu par le roi Moctezuma II avec tous les honneurs - on croyait au retour du dieu Quetzalcóatl), Cortés, donc, est malin : il fait croire à l'immortalité de son armée, et surtout il comprend rapidement la situation géopolitique et noue d'heureuses alliances avec plusieurs peuples. Ainsi conditionnés, impressionnés, montés les uns contre les autres, variolés, les Indiens ne résistent pas et en 1535 le Mexique devient une vice-royauté de la Nouvelle-Espagne. La population autochtone chute alors drastiquement (tueries, exploitation, maladies...).
Mais les indiens restent tout de même numériquement supérieurs aux conquistadors (60% de la population en 1800), et ce jusqu'au XIXème siècle. Aujourd'hui on estime qu'il y a 10 millions d'indiens au Mexique (sur les 112 millions totaux). Mais il faut prendre en compte l'extraordinaire brassage qui a eu lieu au cours des siècles et dont un profond métissage a résulté (avec aussi les esclaves noirs d'Afrique, réputés plus vaillants à la tâche).
C'est sans doute pourquoi cette question, houleuse par principe, de la colonisation ne nous a pas semblé particulièrement douloureuse ou source de rancœur.Contrairement aux communautés indiennes et aux métisses indiens des États-Unis, chez qui il persiste un malaise plus ou moins perceptible et dont on entoure les débats et règlements de mille précautions, l'histoire du pays nous a semblé très assumée. ça n'est peut-être qu'une impression, mais elle est tenace. Nulle négation des exactions et souffrances des indiens, qui sont peintes de toutes les couleurs sur les fresques de nombreux bâtiments officiels (nous y reviendrons dans un prochain billet), mais un catalogage rationalisé au passé.
Le Mexique semble à cet égard un pays uni, compact, où les tensions identitaires ne sont pas si problématiques qu'elles pourraient l'être étant donné le contexte. Les communautés indiennes qui se sont maintenues ne sont pas des enclaves totalement marginalisées ou au contraire "disneylandisées", elles existent et vivent, point. Malgré cela, on ne peut nier que les indigènes sont les pauvres du Mexique. Le phénomène est complexe, mais la survivance et la vitalité de ces communautés (dont 7 millions de personnes ont conservé leur langue, comme le nahuatl, l'ancien aztèque) nous ont beaucoup touchés.
Ceci étant posé, les signes de la présence espagnole sont écrasants. Architecture, alimentation, religion : les colons ont fait peser le joug de leur domination sur les domaines clés de l'existence humaine. Il en résulte de nombreuses villes dites "coloniales" (fondées par les conquistadors), un nombre incalculable d'églises et temples, l'effacement des édifices pré-hispaniques,etc.
Presque tout est colonial au Mexique, in fine, à part les zones archéologiques (et encore, pas toutes, nous allons le voir !). Tous les billets qui suivront complèteront donc ce thème, bien sûr. Nous traiterons les églises à part, la part de gâteau étant si vaste...
Architecture coloniale
Morelia, dans la rue
Morelia, toujours la rue
La très belle maison de la culture de Morelia
Un coin de rue à Oaxaca
Mérida, la nuit
Puebla
Nous n'y sommes restés que très peu à cause de la lenteur des transports, mais nous avons vu de beaux exemples de "talaveras" (céramiques de la filiation des azulejos, en objets utilitaires ou recouvrant les murs des bâtisses).
Notamment, cette maison, la Casa de los Munecos, qui voit sa façade ornée des caricatures des membres du conseil municipal de l'époque, pour avoir obligé le propriétaire à murer ses fenêtres car sa maison était plus haute que l'hôtel-de-ville (je te tiens-tu me tiens-par la barbichette...).
Anéantissement de l'architecture méso-américaine
Quand on veut imposer sa suprématie, crier sa supériorité, le mieux c'est encore de s'asseoir sur tous les autres ! C'est ce que les espagnols ont fait à plusieurs reprises, en édifiant leur bâtiments, notamment leur églises, en plein milieu des constructions méso-américaines. Carrément. Efficace, symbolique, rien à redire, c'est de la méthode.
Ainsi le site du Templo Mayor, à Mexico D.F. La fameuse pyramide de Tenochtitlan a été détruite, les pierres ont été réutilisées pour construire les palais de deux compagnons de Cortés, puis au moment de leur disgrâce, on a détruit de nouveau, abandonné le terrain et oublié les vestiges pré-hispaniques... A tel point que l'on pensait il n'y a pas si longtemps que la pyramide était sous la cathédrale voisine, et qu'on a donc percé sans ambages un canal à travers les ruines. Ce n'est que par hasard en 1978 qu'on a découvert son emplacement réel. Ouf !
(non que le site soit bien beau, engoncé qu'il est entre les bâtiments du Zocalo, ou très lisible, avec ses quelques 7 couches archéologiques. Mais le musée est splendide, nous y reviendrons !)
L'exemple qui nous a le plus frappés est cependant celui de Mitla. Les Espagnols ont construit leur église en plein milieu de la cité zapotèque (utilisant les pierres des palais pré-colombiens), et c'est encore nettement visible aujourd'hui. On a même donné le nom de "Grupo de la iglesia" aux petits patios de cette zone.
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