mercredi 28 mars 2012

MEXIQUE 21 - TZOTZIL

Une toute petite pastille aujourd'hui, à très faible teneur en images (explications à venir!), à propos des indiens Tzotziles, qui vivent au Chiapas et sont des descendants des Mayas.

Nous avons fait une petite incursion dans 2 de leurs villages, dont le fameux San Juan Chamula.

Rappelons la situation évoquée dans un billet précédent : l'arrivée du christianisme évangélique, entraînant de nombreuses conversions, a conduit à une sévère répression. C'est ainsi que des milliers de Tzotziles évangélistes ont été chassés de leurs terres...

Les Tzotziles figurent parmi les acteurs principaux de la révolte zapatiste. D'ailleurs nous avons subrepticement aperçu dans une sorte de pick-up une bande masquée. Vrais zapatistes? Déguisement? Notre guide (Tzotzile) n'a pas su nous dire, il n'avait en tout cas jamais vu de Zapatistes jusque là et était aussi étonné que nous.

San Juan de Chamula nous a fait une impression durable : c'est de ces endroits que nous n'oublierons pas, quelque soit le nombre de voyages et découvertes exotiques que nous ferons par la suite.

Prendre des photos est interdit à San Juan de Chamula, car il n'y a en fait rien à prendre en photo que les gens et c'est justement cela le point sensible. On nous a dit que prendre des photos malgré l'interdiction nous en coûterait une petite visite au commissariat et une amende. Nous n'avons pas fait les malins et n'avons donc presque aucune photo de ce lieu extraordinaire.

Seuls les clichés de la façade de l'église sont autorisés :



En cliquant sur la photo pour l'agrandir, à la gauche de l'église on voit un petit groupe de musiciens habillés de orange, portant de grands chapeaux pointus. Car ce jour-à, outre le marché, avait lieu une sorte de carnaval, célébration mi-religieuse, mi-communautaire d'après ce que nous avons compris.

Les participants (exclusivement des hommes) portaient des pantalons blancs auxquels s'ajoutaient des sur-pantalons orange vif jusqu'aux genoux. Pour le haut du corps une sorte de redingote, noire aux épaules et rouge au niveau de la taille. "Last but not least", un grand chapeau pointu entièrement recouvert de bandelettes de tissu multicolores. Saisissant !

Ces hommes étaient organisés en processions, qui faisaient le tour de la grande place autour de l'église. A intervalles irréguliers, des pétards artisanaux explosaient dans un fracas de décibels.

L'habit traditionnel des Tzotziles est moins coloré. Les femmes portent une jupe de laine noire et un huipil, la blouse brodée traditionnelle (dont le plan de base est une rectangle de coton). Les hommes portent un pantalon et une grande tunique de laine, noire ou blanche. Ces vêtements sont encore largement portés dans cette région du Chiapas, ils ne sont pas revêtus pour mettre des étoiles dans les yeux des touristes...




Mais revenons à l'église.

Détails du portail principal.


A l'intérieur nous attendait un des moments les plus surprenants du voyage... Il va être dur de trouver les mots pour être fidèle à la scène qui se déroulait sous nos yeux. Imaginez une église de petite taille, à peu près comme en France. Maintenant imaginez que l'on enlève tous les bancs de la nef et que l'on pousse les statues de saints sur les côtés, serrés les uns contre les autres. Au fond vers l'autel, de grandes bandes de tissu sont tendues à partir du plafond. Et au centre, le plus irréel, un tapis d'aiguilles de pin, répandant une exquise odeur. Les croyants prient à même le sol, sur ce tapis végétal, dont il écarte parfois les aiguilles pour coller au marbre du sol de petites bougies.

Dans cette église, on prie beaucoup en famille et on boit des sodas afin de pouvoir roter et se délivrer des maux du corps et de l'esprit.

C'est une chose que de savoir l'existence du syncrétisme, c’en est une autre que de la voir vivre sous ses yeux. La vénération de saint Jean-Baptiste qui se pratique dans cette église, les croyances héritées des Mayas et le réarrangement de l'espace liturgique constituent un tout finalement très homogène qui fait sens pour des milliers de villageois. Cette liberté d'avoir pris dans l'un et l'autre système de croyances certains éléments, et de les avoir ainsi fondus, est passionnante à nos yeux extérieurs.

Sur la place de l'église, une croix. Ce n'est pas pour les Tzotziles une référence au Christ mais bien l'illustration de l'arbre de vie cher aux Mayas.



Le Guide du routard décrit ce village comme ayant "littéralement vendu son âme au tourisme" et l'église comme une "grande attraction ethnologico-touristique". Ambiance factice et agressive, voilà ce que le Guide nous faisait craindre, à tel point que nous avons failli ne pas y aller. Bien nous a pris (poussés par une demi-journée de libre dans le programme) de tenter, car nous n'avons absolument pas perçu d'animosité de la part des villageois.

Quant à une atmosphère de mysticisme factice, c'est tout le contraire que nous avons ressenti. Ces croyances et comportements nous paraissent bien vivants, et si les touristes viennent en effet jouer les curieux, ce n'est qu'un dommage collatéral et non une origine. La grande question de la nature du tourisme, qui se pose beaucoup au Mexique, joue ici avec une acuité toute particulière. Peut-être parce que nous sommes partis "hors saison", peut-être parce que nous sommes naïfs, mais San Juan de Chamula, en ce mois de février 2012, nous a semblé une étape essentielle dans notre compréhension des communautés indiennes et du Chiapas.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire