dimanche 25 mars 2012

MEXIQUE 18 - AZTECAS

Un billet consacré aux Aztèques, vus sous l'angle de deux sites archéologiques, dans la vallée de Mexico. L'un, le Templo Mayor, véritable exemple de l'architecture aztèque, l'autre, Teotihuacan, cité à l'origine débattue mais utilisée par les Aztèques comme berceau de leur passé légendaire. Le Templo Mayor est donc bien plus récent que Teotihuacan mais est un témoignage direct ce ce que fut la civilisation aztèque.


TEMPLO MAYOR, MEXICO D.F.

Le Templo Mayor est un site archéologique dont il ne reste honnêtement pas grand chose. Il est donc de petite taille, les vestiges bien endommagés, et la visite suit surtout un parcours unidirectionnel guidé par un étroit chemin encadré de gardes-corps métalliques. Pas les conditions les plus propices à la contemplation...



Mais le lieu est évidemment symbolique. La cité de Tenochtitlan a été établie vers 1325, et le Templo Mayor était le plus grand lieu de culte aztèque et sa pyramide, le monument le plus imposant de tout l'Empire. C'était une pyramide mesurant 45 mètres de haut et 80 mètres de côté pour la dernière version. Point de convergence du ciel, de la terre et de l’infra-monde, elle revêtait une grande importance. Le modèle de cette construction était le Coatepec, montagne double infestée de serpents, demeure de la déesse Terre. La pyramide a été détruite après la chute de Tenochtitlan.



Le site permet de visualiser les différentes strates archéologiques : en effet chaque gouvernant rajoutait une épaisseur à la pyramide précédente. Ce sont 7 couches qui se sont ainsi succédées.

Etant donné la référence à la montagne Coatepec, des têtes reptiliennes sont encastrées dans les murs ou courent le long des parois.



Deux temples chapeautaient la pyramide. Ici le temple dédié à Tlaloc, dieu de la Pluie et de la Fertilité, avec un "Chac-mool" en guise d'autel. Les Aztèques croyaient que les sécheresses étaient liées au mécontentement de Tlaloc, et tachaient de l'apaiser par le sacrifice d'enfants, enterrés autour du temple.



Le "Recinto de los Guerreros-Aguila" ou enceinte des guerriers aigles. Lors des grandes cérémonies religieuses, les guerriers s'asseyaient sur ces banquettes polychromes dont la frise représente des combattants empanachés.







Le Templo Rojo (temple rouge), sans doute destiné à un culte agraire


La visite du Templo Mayor vaut aussi (surtout?) pour le Musée, qui rassemble des milliers d'objets trouvés in situ.

Xipe Totec, le dieu chauve-souris




Poignards de pierre à œil d'obsidienne utilisés pour les sacrifices


Bas-relief représentant Tlaltecuhtli, déesse aztèque de la terre. Datant de 1502, elle n'a été excavée qu'en 2006 mais conserve ses pigments d'origine (ocre, blanc, rouge, etc.).


Une "cista" ou caisse de pierre contenant des offrandes et enfouies rituellement dans la pyramide.


A observer depuis un étage, la pierre de Coyolxauhqui (qui signifie "celle qui a des grelots sur le visage"), déesse de la lune. Sculptée dans un monolithe de basalte de 8 tonnes, elle est décapitée et démembrée. Ses os transparaissent de ses chairs... Une mise en couleur par spots lumineux permet de mieux saisir le dessin, somme toute très ramassé sur lui-même.



Un guerrier-aigle en céramique en excellent état de conservation. Les guerriers-aigles formaient l'armée d'élite du pouvoir aztèque.


Le dieu de la Mort révèle son foie (siège des émotions chez les Aztèques) sans aucune pudeur. Sa posture, archétypale de la volonté d'effrayer, est presque amusante.



Vase bleu splendide dédié à Tlaloc, dieu de la pluie


Décoration architecturale en forme d'ananas


Enfin, cette pièce dont je n'ai pas la signification mais qui -honte- me fait furieusement penser à un cocktail et sa (grande) paille (de pierre)... Pardon, encore...



TEOTIHUACAN

A 50 kilomètres au nord de Mexico, Teotihuacán a été fondée à la fin du 2ème siècle avant notre ère et était devenue une puissante cité, comptant jusqu'à 200 000 habitants à son apogée. On ne sait pas avec certitude quels en furent les fondateurs (certains pensent même que Teotihuacán était multi-ethnique), mais son influence économique et politique à travers toute la Mésoamérique, pendant la période classique, est bien documentée. Abandonnée vers 750 apr. J.-C., les Aztèques (arrivés au 13ème siècle) voient dans les immenses proportions du lieu la main divine et le baptise Teotihuacan, c'est-à-dire cité des dieux (qu'ils identifient comme le théâtre de leur passé mythique).

Le site est très vaste et organisé urbain très rigoureux, d'autant plus frappant qu'il s'inscrit dans un paysage semi-désertique entouré de quelques reliefs.



Nous avons commencé par visiter le Templo de Quetzalcoatl (temple du Serpent à plumes). En fait de temple, il ne reste que le soubassement pyramidal, qui date de 150 apr. J.-C., puis recouvert par une autre structure (selon la technique très en vogue de l'oignon).



Malgré la disparition de la coloration d'origine, le monument est superbe. De nombreux serpents à plumes aux traits félins (à tel point qu'avant de lire son précieux guide, on hésite sur la nature des créatures) et masques de la divinité de l'eau (reconnaissables à ses yeux cerclés) constituent un bel exemple d'architecture teotihuacane. Des coquillages, référence à la fertilité, complètent la composition.




La pyramide du soleil
Elle mesure 225 mètres de côté et 65 mètres de hauteur, mais au-delà de chiffres difficiles à matérialiser, c'est vraiment un édifice massif et haut. Ce sont en fait des briques d'argiles et des troncs qui composent la structure de la pyramide. Seul le parement extérieur est en pierres.

L'escalier central "se subdivise et se rétrécit, accentuant la perspective de l'élévation" (Guide Vert). Personne n'en parle mais le jeu de ces différents escaliers forme clairement la figure schématique d'homme, les jambes et les bras écartés. N'est-ce pas?



La pyramide du soleil vue depuis la pyramide de la lune. On constate nettement que la pyramide du soleil a été construite dans l'alignement de la montagne la plus haute.




La pyramide de la lune.
Plus petite que celle du soleil, mais placée à l'extrémité de l'axe central de la cité, cette pyramide vaut aussi pour sa vue panoramique sur le site.



Malgré la majesté des pyramides et du plan urbain de ce centre religieux, ce sont les peintues murales qui m'ont le plus émues. Certaines sont très abîmées mais d'autres sont presque intactes et alors le saut dans le passé est imminent...

Il ne faut donc manquer sous aucun prétexte le Palacio de los Jaguares. Situé dans un petit "labyrinthe" constitué d'un enchaînement de patios à chambres rayonnantes et de couloirs, ce palacio comprend des banquettes décorées de peintures de jaguars soufflant dans une conque. Représentation de la fertilité, ces peintures sont remarquables de détails : os de la colonne vertébrale du jaguar, volutes émanant du coquillage, lui-même très finement dessiné...



Au-dessus des jaguars, le dieu de l'eau dans une étoile, en alternance avec un symbole calendaire.


D'autres conques, dans le temple éponyme (Templo de los caracoles) avec des fleurs.



Enfin, un petit instrument, qui lorsque l'on souffle dedans, reproduit (plus ou moins) le cri du jaguar. Il y a de très nombreux vendeurs ambulants à Teotihuacan et c'est l'un des sites où nous avons été le plus sollicités. Dessous de plat motif "calendrier aztèque", pendentifs de jade ou d'obsidienne, ponchos, de quoi attirer le chaland... Opposés à cette pratique au début, nous avons finalement craqué pour le jaguar sus-mentionné car les cris de démonstration régulièrement lancés par les vendeurs participaient vraiment de l'ambiance du moment (comprendre : pas trop de monde, vallée désertique, évocation des aztèques, ciel nuageux...). Je regrette un peu la version aigle, il faudra revenir !

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